Ce que j’ai vraiment constaté en laissant quatre madirans tannats 24 heures en carafe

juin 2, 2026

Le Madiran a claqué dans la carafe, avec un premier nez de pruneau fermé et une ligne de réglisse qui piquait presque le verre. Depuis la périphérie de Bordeaux, je suis partie une matinée en Madiran pour choisir quatre bouteilles, dont Château Montus 2018, puis je les ai suivies pendant 24 heures chez moi, tandis que ma fille traversait la cuisine avec son cahier sous le bras. J’ai été frappée par leur dureté au départ, et j’ai voulu voir ce que la nuit ferait au tannat.

Comment j’ai organisé ce test avec mes bouteilles et ma carafe

J’ai retenu deux cuvées jeunes, Château Montus 2018 à 31 euros et un Domaine Laougué 2020 à 17 euros. J’ai ajouté deux bouteilles plus mûres, Château Bouscassé 2016 à 28 euros et Domaine Berthoumieu 2014 à 23 euros. Les deux premières montraient un tannat plus compact, presque serré, et les deux autres avaient déjà un grain plus souple, avec moins d’arête en bouche.

J’ai ouvert les quatre bouteilles à 19h12, toutes à 16 °C, puis j’ai servi le premier verre le soir même, à 19h28. J’ai versé les jeunes dans une carafe de 1,1 litre et les plus mûres dans une carafe de 75 cl, pour ne pas noyer leur matière dans trop d’air. Le second service est tombé le lendemain à 12h40, puis j’ai repris un verre à 18h15, sur un intervalle de 18 à 24 heures.

J’ai pris mes notes sur un carnet à spirale, avec un trait pour la robe, un autre pour l’attaque, puis un troisième pour la finale. Ma Licence en Histoire de l'Art (Université Bordeaux Montaigne, 2004) m’a appris à regarder une couleur comme une matière, et je l’ai retrouvée dans ces bords de verre. J’ai aussi gardé les repères de l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (Bordeaux) et du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux sur les rouges à structure serrée, sans leur prêter plus que ce que j’avais vu dans mon verre.

En tant que rédactrice spécialisée en œnotourisme et vins du Bordelais, collaboratrice régulière du magazine Château Cluzeau, j’ai voulu vérifier si la jeunesse tenait mieux l’air que la maturité. Je me suis aussi demandée si 24 heures allaient polir les tanins ou casser le fruit, surtout sur les bouteilles à 17 euros et 31 euros. J’étais sûre de moi en ouvrant, puis je me suis laissée surprendre par la vitesse à laquelle certaines cuvées perdaient leur éclat.

Ce que j’ai vu, senti et mesuré au fil des 24 heures en carafe

Au premier verre, j’ai été frappée par le tannat qui me raclait encore les gencives sur Château Montus 2018. Le nez restait presque fermé, avec du pruneau, de la réglisse, puis une mûre noire qui passait par petites touches après quelques minutes. Sur la table, le vin semblait massif, mais j’ai senti derrière la masse un fond fumé qui tenait mieux que je ne l’avais prévu.

À 6 heures, j’ai senti les tanins se tasser un peu, et j’ai été convaincue que la carafe faisait son travail sur les deux jeunes cuvées. Le fruit noir s’ouvrait mieux, avec une mûre plus nette et un cacao amer qui montait au nez, tandis que le plus mûr gagnait en lecture sans perdre sa ligne. J’ai noté que le vin restait plus net quand je le resservais à 20 °C que lorsque la cuisine montait au-dessus de 21 °C.

Le lendemain à 12h40, j’ai vu un léger dépôt au fond de la carafe et un bord de robe à peine plus tuilé sur la cuvée la plus fragile. Le fruit noir avait perdu son noyau, et je me suis retrouvée avec une bouche plus terreuse, plus courte, presque poussiéreuse. Le plus mûr tenait mieux, mais je sentais déjà une fatigue au deuxième service, celle qui enlève l’éclat du nez et laisse la bouche plus sèche.

bouteille prix mon constat à 24 h
Château Montus 2018 31 euros tanins plus polis, fruit tassé
Château Bouscassé 2016 28 euros réglisse plus lisible, finale plus longue
Domaine Laougué 2020 17 euros pruneau confit, bouche plate
Domaine Berthoumieu 2014 23 euros robe stable, bouche encore tenue

À 24 heures, le Domaine Laougué 2020 avait viré au pruneau confit, mais sans fraîcheur, comme si la carafe lui avait mangé le centre. Le nez sentait le fruit cuit, et la bouche restait sèche, avec une arête qui me rappelait un vin remonté trop chaud. Ce jour-là, j’ai compris que le deuxième service ne pardonnait plus rien, parce que le vin avait perdu son élan avant même mon dernier verre.

Ce que j’ai appris en testant ces madirans chez moi, entre contraintes et surprises

En tant que rédactrice spécialisée en œnotourisme et vins du Bordelais, collaboratrice régulière du magazine Château Cluzeau, j’ai appris que le Madiran gagne surtout entre 2 et 6 heures d’air. Mon salon est resté à 21 °C pendant tout le test, et j’ai vu la fatigue arriver plus vite que dans le cellier à 14 °C. Depuis 17 ans, je me méfie des pièces trop chaudes quand un rouge tannique doit tenir jusqu’au lendemain.

J’ai fait une erreur bête avec le Château Bouscassé 2016, en remplissant trop large la carafe pour une bouteille déjà mûre. Le vin a ouvert vite, puis il a fatigué vite aussi, avec une perte de fruit nette et une bouche plus plate au service du soir. J’ai aussi servi un verre trop chaud à 19 °C, et l’alcool est monté d’un coup, avec des tanins plus secs que le matin.

Je me suis retrouvée face à une bouteille jeune qui n’a rien dit pendant 4 heures, puis qui s’est ouverte d’un coup sur la mûre chaude et le cacao amer. J’ai été surprise par ce contraste, parce que j’attendais un gain plus linéaire et j’ai trouvé un vrai basculement d’un seul coup. Sur la même soirée, une autre cuvée gardait un nez un peu fermé et une finale plus courte, alors que sa bouche restait plus précise.

Les tanins du tannat jeune me raclaient encore les gencives après 24 heures, alors que ceux du vin mûr se fondaient en une caresse presque soyeuse. J’ai senti la différence à la langue avant de la voir dans le verre, et c’est là que la maturité m’a parlé le plus clairement. Le plus jeune gardait une sécheresse de fond, tandis que le plus vieux laissait filer une réglisse plus longue et moins dure.

Mon bilan sur ces madirans après 24 heures en carafe, et ce que j’en retiens

En tant que Rédactrice gastronomique spécialisée, collaboratrice régulière pour magazine Château Cluzeau, j’ai retenu un bilan net : le Madiran gagne entre 2 et 6 heures, puis il stagne. Au-delà de 24 heures, j’ai vu le fruit se tasser, la bouche se platir et, sur la bouteille la plus fragile, un début d’oxydation apparaître au nez. Le volume d’air et la chaleur de la pièce ont pesé autant que le millésime, et je l’ai senti dès le deuxième service.

Je ne mettrais pas sur le même plan une bouteille encore serrée et une cuvée déjà prête à boire, parce que la carafe longue ne pardonne pas la même chose aux deux. Quand je sens un bord de robe un peu tuilé ou un nez plus cuit, je préfère m’arrêter là et demander un sommelier certifié si le doute persiste. Sur le Madiran, j’ai vu que la nuit en carafe pouvait polir sans sauver, et que la maturité comptait autant que l’heure d’ouverture.

Pour quelqu’un qui accepte de boire le Madiran sur 6 heures et pas sur une nuit entière, j’ai trouvé l’exercice très parlant. Pour un repas du soir où le vin doit rester vivant jusqu’au deuxième verre, je garderais les cuvées les plus structurées, comme Château Montus 2018. Je laisse de côté les bouteilles déjà souples quand je veux garder du fruit, parce que leur centre se vide plus vite que je ne l’avais prévu.

Depuis ce test, je réduis le temps en carafe à quelques heures seulement, par moments juste le temps du repas. Je garde le reste en bouteille bouchée au frais, et je retrouve un nez plus propre le lendemain, avec moins de fatigue. Je me suis dit qu’une ouverture la veille sans grand volume d’air me réussirait mieux qu’une nuit entière à température de salon.

Au bout du compte, j’ai gardé Château Montus 2018 pour sa tenue à 6 heures, et j’ai écarté la nuit entière pour le Domaine Laougué 2020. Le Madiran m’a paru plus juste quand je l’ai laissé respirer sans l’abandonner. Avec ce style de tannat, j’ai préféré la netteté à l’entêtement, et c’est ce verdict-là que je retiens.

Élise Montaigne

Élise Montaigne publie sur le magazine Château Cluzeau des contenus consacrés à la gastronomie, à l’art de la table et à la vie du lieu. Son approche repose sur une écriture claire, une attention portée aux saisons, aux produits et aux ambiances, ainsi qu’un vrai souci de cohérence éditoriale.

LIRE SA BIOGRAPHIE